dimanche 6 avril 2008

L'homme de l'art


Un écrivain français contemporain que j'affectionne : Sollers. Philippe Joyaux, son vrai nom, est né le 28 novembre 1936 à Talence, près de Bordeaux, dans une famille d'industriels. Il suit des études secondaires aux Lycées Montesquieu et Montaigne de Bordeaux puis à l'École Sainte-Geneviève de Versailles, d'où il sera renvoyé par les Jésuites en 1953 pour indiscipline et lectures de livres interdits.
Jeune écrivain, il prend l'ambitieux pseudonyme de Philippe Sollers, inspiré du latin sollus et ars qui signifie habile, adroit, "tout en art". Solers en latin désigne aussi l'homme de la ruse et de l'habileté. Une sorte d'Ulysse des lettres françaises. L'année suivante, encouragé par Francis Ponge, il publie son premier roman écrit en moins de trois mois, Une curieuse solitude.

De lui j'ai aimé
Le secret, la relation entre un père et son fils, et la tendresse mise dans la transmission, dans la contrustruction de l'identité. Le lys d'or et quelques autres romans, je l'ai un jour rencontré au cours d'une séance de dédicace. Un homme élégant et discret.

1 commentaire:

Julien a dit…

Pour en savoir plus sur Sollers, voir Bourdieu, "Contre feux", 1998, p.18-20. Extrait : « Celui qui se présente et se vit comme une incarnation de la liberté a toujours flotté, comme simple limaille, au gré des forces du champ. Précédé, et autorisé par tous les glissements politiques de l'ère Mitterrand, qui pourrait avoir été à la politique, et plus précisément au socialisme, ce que Sollers a été à la littérature, et plus précisément à l'avant-garde, il a été porté par toutes les illusions et toutes les désillusions politiques et littéraires du temps. Et sa trajectoire, qui se pense comme exception, est en fait statistiquement modale, c'est-à-dire banale, et à ce titre exemplaire de la carrière de l'écrivain sans qualités d'une époque de restauration politique, et littéraire : il est l'incarnation idéaltypique de l'histoire individuelle et collective de toute une génération d'écrivains d'ambition, de tous ceux qui, pour être passés, en moins de trente ans, des terrorismes maoïstes ou trotskistes aux positions de pouvoir dans la banque, les assurances, la politique ou le journalisme, lui accorderont volontiers leur indulgence.
Son originalité, — parce qu'il en a une : il s'est fait le théoricien des vertus du reniement et de la trahison, renvoyant ainsi au dogmatisme, à l'archaïsme, voire au terrorisme, par un prodigieux renversement auto-justificateur, tous ceux qui refusent de se reconnaître dans le nouveau style libéré et revenu de tout. Ses interventions publiques, innombrables, sont autant d'exaltations de l'inconstance ou, plus exactement, de la double inconstance, — bien faite pour renforcer la vision bourgeoise des révoltes artistes —, celle qui, par un double demi-tour, une double demie révolution, reconduit au point de départ, aux impatiences empressées du jeune bourgeois provincial, pour qui Mauriac et Aragon écrivaient des préfaces."