Le titre d'un roman érotique de Crébillon fils pour un blog, rien de plus normal, la littérature française du 18e siècle avait réussi cette alliance de la parole avec l'élégance et le raffinement, entre intelligence et grâce ce monde était doté d'une vraie morale. Crébillon est le fils d'un écrivain, un auteur de tragédie qui avait parfaitement compris que son talent ne lui permettrait jamais d'égaler Racine ou Corneille, et qui formaté à l'aune de la pensée scélorosée des normatifs et des impotents de l'intelligence, n'a réussi à laisser de nom. Crébillon fils est un littéraire dans l'âme, un auteur reconnu, mais comme son père il n'a pas laissé un nom, sauf à Nantes où la grande rue commerçante du centre ville a reçu son nom, ville où l'on crébillonne quand ailleurs on fait du shopping. Crébillon fils travaillait à la librairie, autrement il était censeur. "Et pour être censeur on en est pas moins homme", aussi écrivait-il des romans érotiques. Voici une bibliographie de ce monsieur...
Le Sylphe ou Songe de Madame de R***. Écrit par elle-même à Madame de S***, conte, 1730Lettres de la marquise de M*** au comte de R***, roman épistolaire à une voix, 1732
Tanzaï et Néadarné 1734
Les Égarements du cœur et de l'esprit ou Mémoires de M. de Meilcour, roman-mémoires, 1736-1738
Le Sopha, conte moral, 1742
Le dialogue des morts, 1745
Les Heureux Orphelins, histoire imitée de l'anglais, 1754
La Nuit et le moment ou les matines de Cythère : dialogue, 1755
Le Hasard du coin du feu. Dialogue moral, 1763
Lettres de la Duchesse de *** au duc de ***, roman épistolaire à une voix, 1768
Je me place donc sous l'autorité et le patronage de Crébillon, dont voici un extrait :
Avant, par exemple, que nous sussions raisonner si bien, nous faisions sûrement tout ce que nous faisons aujourd'hui; mais nous le faisions, entraînés par le torrent, sans connaissance de cause et avec cette timidité que donnent les préjugés. Nous n'étions pas plus estimables qu'aujourd'hui, mais nous voulions le paraître; et il ne se pouvait pas qu'une prétention si absurde ne gênât beaucoup les plaisirs. Enfin, nous avons eu le bonheur d'arriver au vrai : eh! Que n'en résulte-t-il pas pour nous ? Jamais les femmes n'ont mis moins de grimaces dans la société ; jamais l'on n'a moins affecté la vertu. On se plaît, on se prend. S'ennuie-t-on l'un avec l'autre ? on se quitte avec tout aussi peu de cérémonie que l'on s'est pris. Revient-on à se plaire ? on se reprend avec autant de vivacité que si c'était la première fois qu'on s'engageât ensemble. On se quitte encore, et jamais on ne se brouille. Il est vrai que l'amour n'est entré pour rien dans tout cela ; mais l'amour, qu'était-il qu'un désir que l'on se plaisait à s'éxagérer ? Un mouvement des sens, dont il avait plu à la vanité des hommes de faire une vertu ? On sait aujourd'hui que le goût seul existe; et si l'on se dit encore qu'on s'aime, c'est bien moins parce qu'on le croit, que parce que c'est une façon plus polie de se demander réciproquement ce dont on sent qu'on a besoin. Comme on s'est pris sans s'aimer, on se quitte sans se haïr; et l'on retire du moins, du faible goût que l'on s'est mutuellement inspiré, l'avantage d'être toujours prêts à s'obliger.
La nuit et le moment
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