春は曙。やうやう白くなりゆく、山際すこしあかりて、紫だちたる雲の細くたなびきたる。
au printemps, l'aurore : peu à peu la cime des montagnes devient blanche, et s'éclaire un peu. Les grands nuages pourpres deviennent de minces traînées...
Blog extime d'un homme de 40 ans, francophone et polyglotte, amateur de belles choses et des subtilités de l'existence. Amateur de la chose publique et de littérature et d'antique, curieux des choses de ce monde et des êtres qui s'y meuvent.
Angelo Branduardi a chanté
Sono io la morte e porto corona,
io Son di tutti voi signora e padrona
e così sono crudele, così forte sono e dura
che non mi fermeranno le tue mura…x2
Sono io la morte e porto corona,
io son di tutti voi signora e padrona
e davanti alla mia falce il capo tu dovrai chinare
e dell 'oscura morte al passo andare.
Sei l'ospite d'onore del ballo che per te suoniamo,
posa la falce e danza tondo a tondo
il giro di una danza e poi un altro ancora
e tu del tempo non sei più signora.
*
Je suis la mort des hommes,
je porte couronne
et je suis de leur vie
la maîtresse et patronne
Et bien sûr je suis cruelle
et bien sûr je suis très dure
mais rien n'arrêtera mes déchirures
Et devant ma faux qui passe
je vois trembler les figures
Et rien n'arrêtera mes déchirures
Toi maîtresse du monde,
soit bienvenue dans nos maisons
pose la faux au creux de toutes nos musiques
prends place dans nos danses
et si tu danses encore
toute la mort sera morte à l'aurore.
Réponse à un jeune homme inquiet de son devenir.
Oui, quand nous grandissons l’enfant se meurt petit à petit et nous l’oublions, arrive plus tard le moment où nous nous rendons compte que nous avons quitté notre enfance ou qu’elle est là à côté de nous, mais qu’elle n’est plus en nous. On ne joue plus avec les jouets, on ne regarde plus le ciel jusqu’à l’extase, on regarde le froid, l’hiver est plus long, le silence devient un bienfait. Les jeux s’arrêtent et l’on n’est plus Robin des Bois avec son arc et ses flèches dans la cours de l’immeuble. Notre enfance nous quitte. Et l’on comprend alors ce que l’on est, un truc qui s’éteindra un jour, dont les jours sont comptés, dont les jours ont toujours été comptés, limités, mesurés. L'adulte est celui qui regarde la mort "les yeux ouverts" comme dit notre chère Marguerite Yourcenar. L'enfant est celui qui y voit des mystères, une chose impensable.
En dehors de nous, notre enfance nous regarde de loin, sans qu’elle se retrouve et qu’elle se reconnaisse en nous ! Elle est devenu notre intime étranger. Et vous comprendrez tout de suite la situation, notre enfance nous devient étrangère, sans pour autant être inquiétante ! Et l'on est devenu étranger à soi-même, étranger à son monde. On se vit à distance, image plus qu'être, être plus que vivant. L'adulte est une qualité qui perd de sa substance et joue avec la mort.
Devenir adulte est irréversible, le temps a sur toute chose la maîtrise, plus que le Diable et que Dieu, il est la seul réalité de ce monde, il est le monde, sa substance et son essence. Devenir adulte c’est aussi avoir compris que l’on a perdu son enfance, qu’elle ne reviendra plus sinon dans les limbes du souvenir, dans le rêve, dans un acte volontaire de retrouver ce temps bienheureux, quand il l’est.
Impuissant ? Oui, vous l’êtes, l’être humain l’est face au temps : pas de machine à remonter le temps, pas de voyage dans les époques possible, on ne quitte pas ce que l’on est. La sagesse consiste alors à accepter les chose, le temps à faire avec lui, contre lui et parfois sans lui, dans les grands moments heureux de la vie. Etre adulte, c’est être sage et arriver par une discipline intérieure à ne plus avoir peur du temps qui passe, à ne plus pleurer sur son paradis perdu, mais à accepter gravement et à tourner la page, à accepter de n’être plus rien parfois, être libre. Certains trouveront une solution dans le fait d’avoir des enfants, d’autres dans la folie, d’autres dans la création.